Le parler belge…

         Je dédie cet article à celle au côté de qui et grâce à qui j’ai appris la plupart de ces mots, expressions, et manières de parler propres au français de Belgique. En effet, à force de côtoyer un certain nombre d’habitants de ce pays, j’ai pu percevoir les nombreuses différences qui existent entre le français de France et de Belgique. Au fil du temps, je me suis amusé à noter les nouveaux mots que j’entendais, les accents, les expressions et j’ai essayé de vous en livrer ici un petit florilège subjectif.

    Quelques petites précisions : Le but n’est pas d’être exhaustif (ni peut-être totalement exact) mais plus de transmettre les petites choses que j’ai notées (et que j’aime !) quand j’entends les belges parler. Il ne s’agit pas non plus de généraliser. Les manières de parler peuvent être différentes d’un endroit à l’autre de la Belgique, ne serait-ce que dans la partie francophone (pour vous en convaincre, cliquez ici). En outre, certains termes ou expressions répertoriées ici ne sont pas propres à la Belgique et sont aussi utilisées dans d’autres régions francophones ou françaises. Malgré tout, la fréquence et la constance de certaines caractéristiques dans la manière dont le français est parlé en Belgique peuvent tout de même être constitutif de ce que j’appelle le « parler belge » (ou que d’autres appellent les « belgicismes ») et ce qui fait tout son charme.

francais-belgique-expressions-vocabulaire-L-2

     Concernant la prononciation, j’ai remarqué la prononciation « ou » de la voyelle « u », dans certains mots comme « huit » ou « enfuir », articulée comme dans « oui » ou « enfouir ». Cette différence est difficilement perceptible pour un Belge. Bizarrement, il me semble que c’est l’inverse pour Quick (la chaîne de fast-food), où la voyelle « u » n’est pas prononcée « ou » comme en anglais mais comme un « u » normal.
     Il y a aussi ce fameux « r » propre à l’accent belge, ou encore l’assourdissement des consonnes finales : fromage prononcé fromaachmoutarde prononcée moutart.
     J’ai également noté l’articulation nette des deux syllabes dans les mots comme Lion, Lyon, nouer, buée, alors qu’un français aura plus tendance à articuler ces mots en une seule syllabe. 

     Concernant le lexique, voici à présent une liste des mots que j’ai repérés. Il y en a plein d’autres, je n’ai mis ici que ceux que je connais ou que j’ai déjà entendus. Par contre, je ne suis pas sûr de savoir tous les écrire correctement (je ne suis même pas sûr que certains s’écrivent vraiment) :

  • Auditoire : Salle de cours, ou « amphi » à la fac.
  • Bourgmestre : Maire.
  • Chique : Chewing-gum. 
  • Crolles : Boucles, On dit par exemple des « cheveux crollés » pour parler de cheveux bouclés. On peut voir un lien avec le néerlandais krullend (haar) ou l’anglais curly.
  • Clignoteur : Notre « clignotant » à nous !
  • Couque : Mot féminin désignant une viennoiserie.
  • Coussin : Oreiller. 
  • Cumulet : Galipette, roulade.
  • Déjeuner : le repas du matin ;
    • dîner : le repas de midi ;
    • souper : le repas du soir. Ces termes sont des archaïsmes, qui étaient utilisés dans toute la France avant il me semble. 
  • Un demi : une pinte (un demi-litre, logique, quoi.)
  • Douffe : lourd, humide, étouffant (« il fait douffe »)
  • Drache/dracher : Pluie, pleuvoir à verse (également utilisé dans le nord de la France me semble-t-il).
  • Dikkenek (Bruxellois – littéralement « gros cou ») : crâneur, frimeur…
  • Baraki : Personne dont l’attitude vestimentaire, le langage et le comportement sont peu raffinés, voire vulgaires.
  • Essuie (de bain, etc) : Serviette. Un « essuie de vaisselle » désigne en revanche un « torchon », mot qui en Belgique désigne une « serpillière »… On s’y perd.
  • Estaminet : Débit de boisson.
  • Farde : Dossier, classeur, chemise.
  • Frigolite : Polystyrène
  • GSM : Téléphone portable. Le sigle G.S.M signifie en fait Global System for Mobile Communications (historiquement « Groupe spécial mobile »). C’est une norme de communication numérique pour la téléphonie mobile utilisée dans toute l’Europe. Le terme existe donc au delà de la Belgique, mais il n’y a que dans ce pays qu’il désigne aussi l’appareil téléphonique. 
  • Guindaille : Fête, beuverie (surtout pour les étudiants) (verbe : guindailler).
  • Interview : Entretien, le plus souvent, entretien d’embauche. En France l’utilisation du mot anglais « interview » existe, mais est plutôt réservée au domaine du journalisme et de la presse. 
  • Journal parlé : Le journal télévisé.
  • Kicker : Baby-foot.
  • Kot : Chambre d’étudiant. Verbe : koter : disposer d’un kot (cokoteur : colocataire).
  • Latte : une règle (pour mesurer).
  • Logopède : Orthophoniste.
  • Michepopotte : gadoue, bouillie, comme aiment confectionner les enfants en mélangeant des tas de choses.
  • Nonante, septante : quatre-vingt-dix, soixante-dix. Ces dénominations sont des archaïsmes, utilisés aussi en Suisse. J’ai appris qu’ils étaient encore couramment utilisés dans l’ensemble de la France jusqu’à la fin de la Renaissance. Septante et nonante sont de stricts héritages du latin, alors que quatre-vingt et quatre-vingt-dix sont des traces de l’héritage celte (qui comptaient en base 20).
  • Nous autres : nous.
  • Parlophone : Interphone.
  • Papier collant : scotch
  • Pète : Le derrière, les fesses.
  • Pension / pensionné : retraite / retraité. « Prendre sa pension ».
  • Pistolet : Petit pain rond
  • Plumier : Trousse d’écolier pour les stylos, les crayons, les bics et feutres. Ce mot n’est plus utilisé en France depuis que l’usage des plumes a disparu.
  • Pralines : Chocolats
  • Princesses : haricots verts
  • Rhétorique ou rhéto : Nom de la classe de terminale. « Il a bissé sa rhéto » = « Il a redoublé sa terminale ».
  • Scampi : Grosse crevette (ou petit langoustine, je ne sais pas). Omniprésent dans les restaurants belges, je n’avais jamais entendu ce terme en France. Le terme scampi désigne en italien la langoustine commune.
  • Spirou : Enfant espiègle. Ce mot est issu d’un mot wallon signifiant « écureuil ». C’est de ce wallonisme qu’est issu le nom du personnage de bandes dessinées Spirou (merci Wikipédia !).
  • Sucre impalpable : Sucre glace.
  • Tirette : Fermeture éclair.
  • Tantôt : Utilisé pour « tout à l’heure ». « A tantôt ! »  Je crois l’avoir aussi entendu à certains endroits de France. 
  • Zakouski : petit four, amuse-bouche (dans les cocktails etc.) Le terme zakouski est un terme russe qui désigne les hors-d’œuvre.

     Voici enfin quelques expressions que j’ai souvent entendues, et qui me semblent aussi être spécifiques à la Belgique :

  • Afonner : Boire d’un coup un verre (faire un à-fond) = « cul-sec ». Les belges sont des spécialistes incontestés pour afonner des bières. 
  • Aller à la toilette : Aller aux toilettes
  • Aller au cours : Aller en classe, aller en cours
  • Avoir difficile : Avoir des difficultés. 
  • Caillant (« Il fait caillant ») : Il fait froid, ça caille.
  • Chipoter : Bouger des choses sans but précis. En France, on dirait sans doute « tripoter ».
  • Étudier : réviser, travailler ses cours. En France, le verbe renvoie plutôt à l’action de faire des études, ou d’analyser quelque chose en particulier.
  • Faire la file : Faire la queue.  La même divergence existe entre l’anglais britannique (stand in a queue) et l’anglais américain (stand in a line).
  • Goûter : Plaire par le goût (comme dans « ça te goûte ? » qui veut dire « ça te plaît ? ») Le verbe « goûter » est souvent utilisé dans le sens« ça a le goût de », « Ce gâteau goûte la fraise ».
  • à Houtsiplou : Perpète les oies, Pétaouchnock, au diable Vauvert… Nom de lieu que beaucoup pensent imaginaire (le village d’Houte-Si-Plou, près d’Esneux au sud de Liège, est en fait bien réel) et dont le nom signifie « Écoute s’il pleut », employé pour signifier qu’une personne habite loin. 
  • Il n’en peut rien : Il n’y peut rien.
  • Se parquer : se garer (garer sa voiture).
  • Sonner : Appeler (téléphoner). Utilisé surtout à Liège. « Je t’ai sonné hier mais tu n’as pas répondu ! »
  • Subsidier : Subventionner. « Une association subsidiée par la Région. »
  • Pète-cul : Prétentieux, qui se prend très au sérieux.
  • Sprotcher : Écraser. Du wallon språtchî, écraser. « J’ai failli être sprotché par une voiture. » J’adore le côté onomatopée, l’évocation sonore de ce mot ! 
  • Savoir : Utilisé dans le sens de « pouvoir ». « Tu sais me passer le sel ? »  J’ai vu sur internet que le besoin de retrouver deux verbes pour dire « pouvoir » se retrouvait en néerlandais, avec les verbes mogen et kunnen, équivalents à may et can en anglais. C’est de là que viendrait l’utilisation de « pouvoir » pour may et « savoir » pour can.

   Voilà ! Bien sûr, comme je l’ai dit, cette liste n’est pas complète. N’hésitez pas à commenter si vous connaissez d’autres belgicismes, ou bien si vous avez des remarques sur ceux que j’ai notés ici ! 

MAJ spéciale football :

Le football a beaucoup de mots spécifiques à la Belgique. Il y a parmi eux quelques anglicismes qui sont restés. Cela tient peut-être au fait que la Belgique est l’un des premiers pays du continent à avoir adopté le foot et à avoir organisé un championnat national, en 1895. J’ai lu ici et là des listes plus complètes, mais je ne reprend ici que ceux que j’ai effectivement entendus le plus souvent.

  • Une carte jaune/rouge: un carton jaune/rouge.
  • Un shot/un shoteur : un tir/un tireur
  • Le grand rectangle: la surface de réparation.
  • Le petit rectangle : les six mètres.
  • Un coup de pied de but : un six mètres.
  • Un coup de coin : un corner. (Aussi utilisé par Jean-Michel Larqué).
  • Un autogoal : un but contre son camp.
  • Une vareuse : un maillot.
  • Le noyau : l’effectif.
  • Un assist : une passe décisive.
  • Une montée au jeu : un remplacement.
  • Un médian : un milieu de terrain.

Sources :
Henriette Walter, Le français dans tous les sens, Robert Laffont, 1988.
Wikipédia, article « Français de Belgique » : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ais_de_Belgique
Ce blog : http://www.passionlitteraire.be/le-francais-de-belgique-expressions-et-vocabulaire-3036931.html

Publicités

1 commentaire

  1. haha je viens seulement de voir ton post mais il m’a bien fait rire X)

    J’espère que tu l’amélioreras au fil de tes découvertes linguistiques :p

    (et dans la liste, il n’y a que « pète » qui ne s’écrit probablement pas, ou alors « pet » et prononçant le « t » parce qu’il me semble que c’est un son court, alors que ta manière de l’écrire incite plus à un son long)

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s