Voyage dans les profondeurs de la musique répétitive

Cela fait longtemps que je n’ai pas parlé de musique par ici ! Je voudrais parler d’un genre musical peut-être un peu obscur, mais que j’ai redécouvert il y a peu, et sous le charme duquel je suis vraiment tombé. Je vous convie donc à ce voyage musical à travers les époques et les genres musicaux, sur les traces de la musique répétitive. Je précise que je ne suis pas expert en la matière ; je n’exclus donc pas qu’il puisse y avoir quelques approximations dans ce que je raconte !

Les pionniers : 

Notre voyage commence à l’aube des années soixante, sur la côte ouest des Etats-Unis à l’université californienne de Berkeley. C’est à cet endroit et à ce moment-là qu’apparait la musique répétitive. Enfin celle-ci ne s’appelle pas encore vraiment comme ça. On parle plutôt de musique minimaliste, qui est le mouvement plus large dont elle n’est qu’une composante. On y croise de curieux hurluberlus, étudiants en musicologie, barbus, un peu hippies, qui bidouillent des instruments, des bandes magnétiques, et surtout développent un courant musical radical, le minimalisme.

La Monte young et les débuts de la musique minimaliste : 

lamonteyoungLa Monte Young est l’un d’eux, le premier à avoir théorisé et expérimenté ce type de musique, qu’il définit comme celle qui est « créée avec un minimum de moyens ». La musique minimaliste se caractérise donc par une structure intentionnellement simple, sans contraste, sous la forme d’un processus qui se déroule inexorablement, rendant l’intervention de l’interprète minimale, tout en laissant la place à l’improvisation. Les structures les plus simples se basent principalement sur la répétition ou sur des sons continus. La Monte Young était notamment fasciné par les drones dans la musique médiévale ou la musique indienne par exemple. Je précise que les drones ne sont pas que des engins sans pilotes, mais des notes tenues longuement (appelées bourdons en France). Son œuvre fondatrice pour le courant de la musique minimaliste est notamment son Trio pour violon. Les curieux qui ont cliqué n’auront pas de mal à comprendre pourquoi il est renvoyé de Berkeley sans obtenir son diplôme de composition. Il rejoint alors le mouvement d’avant-garde Fluxus à New York, au sein duquel il croise notamment Yoko Ono (avant que celle-ci ne devienne l’épouse de John Lennon), qui héberge dans son loft certains concerts. C’est à cette époque qu’il compose une autre œuvre assez originale, le Poème pour chaises, tables, bancs etc. (oreilles sensibles, s’abstenir !). (Pour avoir un autre aperçu – plus beau à entendre – du travail qui peut être fait sur les drones et les sons continus, je vous conseille te jeter un œil à cette performance envoûtante d’Ellen Fullman, et son instrument très particulier.) La Monte Young fonde avec quelques amis musiciens le Syndicat du Rêve (Dream Syndicate), dont les activités sont centrées sur la musique minimaliste expérimentale, et notamment les drones. J’en parle parce que l’on y trouve un certain John Cale, qui fondera en 1965 avec Lou Reed et Angus MacLise le Velvet Underground, l’un des groupes de rock les plus emblématiques de cette époque. Sur ce morceau, on entend en fond sonore John Cale qui joue de l’alto en son continu justement.

Vous allez me dire, très bien tout ça, mais elle est où la musique répétitive là-dedans ? Vous avez raison, je ne voulais pas m’attarder trop sur La Monte Young, parce que personnellement, je trouve ses œuvres assez difficilement écoutables, mais il me semblait important de l’évoquer parce qu’il est à l’origine du mouvement, et aussi pour l’anecdote, avec ses compositions assez originales et les liens avec des choses plus connues, comme le Velvet, ou Yoko Ono.

Terry Riley : 

riley04Bref, il est temps de retourner sur la côte ouest à l’université de Berkeley, pour s’intéresser à Terry Riley, un des condisciples et amis de La Monte Young, lui aussi barbu, hippie, et fan de musique indienne. C’est lui qui va développer l’aspect répétitif dans la musique minimaliste. Ce courant est moins radical, et se fonde principalement non pas sur le drone, mais sur la répétition de courts motifs rythmiques ou mélodiques. On parlera bien plus tard de musique répétitive.

Terry Riley mène ses premières expérimentations à partir de bandes magnétiques qu’il isole, duplique, boucle… Cela se rapproche de la technique du « sampling » (ou échantillonnage) qui sera à la base du mouvement techno et des musiques électroniques. Avec son harmonium électronique bidouillé et ses bandes samplées, il donne des concerts ininterrompus qui durent des nuits entières, comme ici, où on peut le voir avec son instrument.

Riley préfère parler de psychédélisme plutôt que de minimalisme pour décrire sa démarche, s’inscrivant dans le contexte de la Contre-culture qui se développait à l’époque en Amérique, avec la naissance du mouvement hippie, le Flower Power, et, bien entendu l’usage des drogues (notamment le LSD ou le haschisch, à l’opposé de groupes de la côte est comme le Velvet Underground qui valorisaient plutôt les drogues dures comme l’héroïne). J’avoue que l’adjectif de psychédélique s’accorde parfaitement au morceau qui suit, composé par Terry Riley en 1969 : Rainbow in Curved Air. L’utilisation de magnétophones et de micros pour créer une sorte d’effet d’écho donne une impression de virtuosité du musicien (en l’occurrence Terry Riley, à l’orgue). Je ne sais pas si les images de la vidéo sont volontairement choisies pour cela, mais j’en profite pour préciser pour l’anecdote que Terry Riley est contacté par la Nasa au milieu des années 80 pour composer des morceaux pour la navette Voyager.

La pièce majeure de Terry Riley, composée en 1964 (sous acides) s’appelle « In C » (littéralement « en do majeur »). Elle repose sur 53 motifs ou mini-mélodies simples (basés sur la tonalité de Do majeur) joués de manière répétitive et aléatoire par un nombre indéterminé de musiciens (normalement autour de 35). Chaque musicien doit jouer ces 53 formules dans un ordre préétabli, mais il reste libre d’interpréter chaque motif autant de fois qu’il le souhaite. Ce morceau très original et assez obsédant est l’œuvre fondatrice de la musique répétitive. La version que j’ai choisi de vous montrer ici est assez différente de la version originale. C’est une version pour un grand orchestre (124 musiciens) que je trouve beaucoup plus impressionnante.

Interprétation par les étudiants du Calarts (Californian Institute of the Arts) enregistrée dans le Disney Hall de Los Angeles en 2006.

Parmi les musiciens qui interprètent le morceau « In C » de Terry Riley lors de la première, se trouve un certain Steve Reich, qui est très inspiré par cette musique. Après Terry Riley qui inaugure la musique répétitive, je voulais aussi évoquer Steve Reich et Philip Glass, qui ont beaucoup développé ce courant musical et dont les œuvres valent le détour. 

Steve Reich : 

ReichTout comme Riley, il commence par mener des expérimentations en manipulant des bandes magnétiques. Il emploie notamment la technique du « déphasage » ou « Tape Delay » qui consiste en un décalage progressif de motifs sonores. Il appliquera par la suite ce procédé directement avec des instruments de musique. L’exemple le plus sympa à écouter à mon sens est le morceau Piano Phase, écrit par Steve Reich en 1967 :

Fascinant, non ?  Les deux pianistes jouent d’abord les motifs de la partition à l’unisson, avant que l’un d’entre eux n’opère progressivement un décalage qui se résorbera graduellement jusqu’à la fin du morceau où les deux interprètes jouent de nouveau en même temps.

Dans un genre similaire, mais beaucoup plus évolué, je vous invite vraiment à écouter ce morceau, qui est l’une des œuvres majeures de Steve Reich, et l’une des plus emblématiques de la musique répétitive : Music for 18 Musicians composée dans les années 70 (Steve Reich est le gars à la casquette dans la vidéo).

Comme In C de Terry Riley, ou comme Piano Phase, si on écoute attentivement, on se rend compte que malgré la répétition apparente, la musique évolue imperceptiblement, avec des légères variations. On pourrait comparer ce genre de musique à des nuages : quand on les regarde, on peut avoir l’impression que c’est toujours la même chose, mais si on ferme les yeux et qu’on les rouvre quelques secondes ou minutes plus tard, on se rend compte que tout a changé. C’est un peu pareil ici aussi : on se laisse bercer par la répétition des motifs, et alors que l’on croit percevoir une suite de note qui se répète inlassablement, celle-ci, tout en donnant l’illusion de la répétition, change imperceptiblement ; et on s’aperçoit tout à coup que ce que l’on écoute n’a plus rien à voir avec le début du morceau. Bien qu’il n’use d’aucuns instrument électronique pour ce morceau, Reich utilise les musiciens d’une telle manière qu’on ne sait pas trop qui ou quel instrument est à l’origine des sons que l’on entend. 

Philip Glass : 

Philip Glass - 1Le troisième et dernier grand compositeur de musique répétitive dont je voulais vous parler est Philip Glass. Il est principalement connu pour avoir créé de véritables opéras minimalistes. Il en compose trois, consacrés aux grands hommes qui le fascinent : Einstein on the Beach (1976) dédié à Albert Einstein, créé à l’occasion du premier festival d’Avignon ; Satyagraha (1980) dédié à Gandhi et Akhnaten (1983) dédié à Akhenaton premier pharaon monothéiste égyptien.

Philip Glass apporte aussi à la musique répétitive le procédé de l’addition. Cela consiste à ajouter progressivement des notes à des petites structures musicales répétées en boucles à l’infini (sur le modèle 1,2,3 ; 1,2,3,4 ; 1,2,3,4,5 etc.). Ce qui oblige l’auditeur à se concentrer sur les micro variations de quelque chose qui n’est a priori que simplement répétitif. Le meilleur exemple de cette technique est extrait de l’opéra Einstein on the Beach. Le morceau s’appelle Knee play one, et constitue en quelque sorte le prologue du premier acte. Dans cet extrait, plusieurs plans sonores se superposent et se répètent en boucle. L’orgue électrique ; un premier chœur qui chante les chiffres en anglais jusqu’à 8 en 3 étapes, sur trois notes ; et un autre chœur qui chante lui le nom des notes. Le seul élément de variation et d’évolution dans cette énumération mécanique est apporté par l’introduction de silences à la place du chiffre 1. Saurez-vous repérer à quels endroits ?

Philip Glass a également composé beaucoup de musiques de film, et notamment l’ouverture de The Truman Show.

Les précurseurs :

Le moment est venu d’élargir un peu notre voyage musical, et de quitter les années 60-70, les rivages des Etats-Unis et le mouvement de la musique minimaliste. En effet, l’utilisation de la répétition n’est pas née avec les œuvres des compositeurs minimalistes américains. A vrai dire, ceux-ci ont été très influencés par beaucoup de précurseurs.

On pourrait commencer par citer les musiques primitives et traditionnelles, qui utilisent la répétition pour accéder à un état de transe censé favoriser le contact avec les esprits. On trouve cela dans la plupart des cultures, qu’elles soient amérindiennes, européennes, ou africaines. Je vous propose justement un petit détour par l’Afrique pour écouter ce chouette morceau de Bobby Mac Ferrin, dont la musique est assez proche et probablement inspirée par les chants de la tribu Oniugu batéké du Gabon, dont il est originaire. La chanson « Circle song » de Bobby Mac Ferrin est basée sur un accompagnement en boucles à plusieurs hauteurs qui imite les percussions, et tisse une toile musicale sur laquelle il rebondit et improvise tel un jazzman : 

Comme je l’évoquais au début de l’article, tous les compositeurs minimalistes ont été fasciné et fortement influencés par les musique traditionnelles extra-européennes. : Terry Riley, La Monte Young ont suivi l’enseignement de Pandit Prân Nath, grand maître du raga indien du nord, comme en témoigne cette vidéo où on les voit tous les trois en concert en 1970. Steve Reich a étudié les percussions africaines, ce qui va beaucoup l’inspiré, par exemple pour Drumming, ou encore Six Marimbas. Suite à sa rencontre avec Padi Ravi Shankar, Philip Glass a été fortement influencé par l’Inde, sa religion et sa musique, ce qui l’amènera à utiliser le principe de la répétition de musique classique indienne, hypnotique et méditative. Il a aussi composé la musique d’un film de Martin Scorcese, Kundum, en 1997 qui retrace la vie du Dalaï-lama.

Continuons notre voyage dans le temps pour s’arrêter au Moyen-âge. En effet, les musiques médiévales ont aussi inspiré les minimalistes américains, que ce soit par l’utilisation de sons continus par l’intermédiaire d’instruments comme la cornemuse ou la vielle à roue, ou bien par l’utilisation de boucles répétitives, notamment pour les danses.

La musique baroque a également utilisé des procédés basés sur la répétition. C’est le cas de l’ostinato ou basse continue, très utilisée par les compositeurs de cette époque. Un exemple avec cette musique composée par Marin Marais en 1723. Vous remarquerez que les trois premières notes que l’on entend sont répétées inlassablement tout le long du morceau.

Pour un autre exemple plus visuel, pouvez cliquer ici pour voir une vidéo d’une musique de Bach dont les notes sont représentées par des petits carrés, et où l’on voit distinctement l’ostinato figuré par la répétition des carrés bleus.

Au XXe siècle enfin, un certain nombre de compositeurs ont inspiré le courant minimaliste. On peut bien sûr citer des œuvres comme le Boléro de Ravel, mais aussi et surtout certaines compositions d’Erik Satie. Nombre de ses œuvres ont un caractère très épuré, minimal, un rythme simple quelques accords qui se répètent, et une mélodie légère, rêveuse, qui n’a pas vraiment de fin, qui ne va pas d’un point à un autre. Autant d’éléments qui se retrouvent dans la démarche des minimalistes dont j’ai parlé plus haut. J’aime beaucoup par exemple la Gnossienne n°1: 

Il a en outre écrit quelques pièces strictement répétitives comme Vexations en 1893, qui consiste à répéter 840 fois une mesure de 180 notes au piano. L’oeuvre a été jouée pour la première fois en 1963, et les pianistes (dont un certain John Cale dont j’ai parlé plus haut) se relayaient, le tout pendant plus de 18 heures… Mais le facétieux Erik Satie ne manquait pas d’humour, et il a également composé ce qu’il appelait des « musiques d’ameublement », faites selon lui pour être jouées pendant les réceptions, les vernissages, ayant finalement vocation à être entendues plutôt qu’écoutées, à meubler au même titre que les tapisseries, et autres bibelots. Il utilise également l’expression de « papier peint musical ». L’ancêtre de la musique d’ascenseur en quelque sorte ! Au delà de l’anecdote, si je l’évoque c’est aussi parce que ces morceaux ont un caractère répétitif, comme par exemple « Carrelage phonique » ou encore « Tenture de cabinet préfectoral ».

Les héritiers :

Le mouvement de la musique minimaliste, ou répétitive a eu une influence importantce sur un certain nombre de groupes de rock, principalement de rock progressif et/ou expérimental. Parmi beaucoup d’autres, on peut notamment citer, le Velvet Underground, déjà évoqué, qui par l’intermédiaire de John Cale était très lié avec La Monte Young mais aussi Terry Riley. Terry Riley qui a lui même beaucoup inspiré également les anglais de Soft Machine, David Bowie, ou encore les Who, qui lui dédient leur chanson Baba O’ Riley, dont le début reprend une de ses compositions. 

Il aura aussi beaucoup d’influence sur le rock progressif et la musique planante allemande, Tangerine Dream, Kraftwerk, Faust, Klaus Schulze, qui sont les précurseurs de la musique électronique actuelle. 

Steve Reich a également inspiré nombre de musiciens. Sonic Youth, ou encore Radiohead se réclament de son influence pour certains de leurs albums ou morceaux. 

De son côté, Philip Glass, qui a composé beaucoup de musiques de films a fait des émules dans ce domaine. Michael Nyma, qui a notamment composé la célèbre BO de La leçon de Piano (film de Jane Campion sorti en 1993). Dans le registre des musique de films, on peu citer Mike Oldfield, qui a composé cette musique célébrissime au caractère répétitif, résonnant encore aux oreilles de tous ceux qui ont frissonné devant L’Exorciste

Bon, sur le chapitre des influences comme sur le reste, on pourrait sûrement écrire encore des pages, mais ce serait trop long et inutile de vouloir tout dire, et je préfère mettre l’accent sur des choses que je connais, qui me plaisent, ou qui sont susceptibles de parler au plus grand nombre. Mais il est sûr que l’influence de ce mouvement a été très importante. Tous ceux que j’ai cité ne s’en réclament pas forcément, mais la plupart des musiques qui utilisent de manière prédominante la répétition peuvent être considérées comme une émanation de la musique minimaliste. Les apports et les expérimentations de ce mouvement en matière d’utilisation des boucles sonores, d’échantillonnage de motifs mélodiques etc a constitué un terreau favorable à la musique électronique, la techno, et même le hip-hop. 

Je voudrais terminer ce long voyage entre deux continents, là où se rejoignent l’Afrique et l’Europe, à Gibraltar. A ceux que toutes ces boucles impersonnelles laissent de marbre, peut-être la voix D’Abd al Malik qui slame sur les vagues répétitives obstinées de l’accompagnement saura-t-elle réchauffer leurs oreilles. 

Conclusion personnelle :

C’est assez difficile de décrire ce que j’aime et ce que je ressens à l’écoute de cette musique, et plus particulièrement des extraits que j’ai mis ici. Je comprend parfaitement que l’on puisse ne pas la comprendre, ou y rester insensible. Je remercie d’ailleurs ce pour qui c’est le cas de m’avoir lu jusqu’ici ! Je pense que c’est le genre de musique qui suscite des réaction tranchées : soit on arrête au bout de 30 secondes parce que c’est insupportable ou que l’on ne voit pas l’intérêt d’écouter toujours la même chose, soit l’on est d’emblée happé par l’aspect hypnotique, avec l’impression d’être emporté par un tapis roulant de son, un flot continu de musique, qui semblerait ne jamais devoir s’arrêter. Je crois que la principale vertu de ces musique est leur capacité à faire « planer » l’auditeur, à le faire accéder à un état proche de la méditation, voire parfois de l’hallucination, avec des effets psychoaccoustiques qui bercent ou hypnotisent celui qui y est sensible. D’ailleurs, c’est ce pouvoir incantatoire qui fait de la répétition et de la boucle la base de la transe, ce qui transporte l’auditeur, que ce soit dans les cultures traditionnelles ou dans les raves modernes. Au delà des rituels primitifs, chamaniques ou traditionnels, comme les cérémonies soufies devant mener à l’extase mystique, je pense que l’on peut retrouver certains aspects de ces processus musicaux répétitifs, le plus souvent sous la forme d’incantation, dans les religions que l’on connait mieux, comme dans la religion catholique. Je pense par exemple à la litanie des Saints, ou la récitation du chapelet. Je pense aussi à ces chants de la communauté œcuménique des frères de Taizé, un hameau bourguignon où se retrouvent des milliers de jeunes de toute l’Europe pour prier avec ces chants formés de quelques phrases que l’on répète inlassablement. 

Je peux aussi comprendre que, à l’inverse du morceau de Bobby Mac Ferrin qui retransmet bien la spontanéité de la musique africaine dont il s’inspire et l’improvisation du Jazz, certaines compositions comme celles de Steve Reich paraissent froidement mécaniques, avec une précision et une exécution presque mathématique, brouillant la distinction entre l’homme et la machine. Cette absence « d’émotions » est effectivement le propre du minimalisme, mais personnellement, cela ne m’empêche pas d’être transporté à l’écoute de certains morceaux. Je me laisse rouler, bercer par ces boucles, parfois en laissant mon esprit s’égarer, parfois en essayant attentivement de discerner les infimes variation, les évolutions internes du morceau.

Je ne sais pas si vous avez eu le courage d’écouter tous les morceaux que j’ai mis dans cet article, ni d’écouter certains d’entre eux jusqu’au bout. A ceux que cela rebuterait dès les premières secondes d’écoute, je proposerais cette réflexion de John Cage : 

“If something is boring after two minutes, try it for four. If still boring, then eight. Then sixteen. Then thirty-two. Eventually one discovers that it is not boring at all.”

Sources : 

– Encyclopedia Universalis, article « musique répétitive ».

Electrophones n°29, conférence donnée par Dominique Fellman le 19 Septembre 2013 à Metz. 

« Reprises et répétitions. » Emission réalisée par une classe de musique du Lycée Jean Vigo de Millau dans le cadre du partenariat « Radio Classique Lycéens » Diffusée le 19 décembre 2007. 

Episode de l’émission TRACKS consacré à Terry Riley, diffusé sur Arte fin 2007.

« Musique minimaliste et répétitive », article du blog « musique thomas mann » posté le 15 Janvier 2007.

Neosphères.free.fr La musique Minimaliste 

Sonhors.free.fr Electronique et minimalisme : de l’Ostinato à l’hypnose.

L’image de « couverture » est une oeuvre de Frank Stella, qui est l’un des représentants du courant minimaliste dans la peinture. 

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3 commentaires

  1. T’as fini par l’écrire ! C’est cool 🙂
    Par contre, j’avoue que les morceaux de 15h, je les ai pas écouté jusqu’au bout XD

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    1. 🙂
      15h ?? XD
      J’avoue que l’article étant déjà long, si en plus tu écoutes tous les morceaux jusqu’au bout ça peut prendre un certain temps.XD Moi-même c’est rare que j’aille jusqu’au bout à chaque fois que je les écoute.^^

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