#GorafiESR le hashtag qui dénonce avec humour les problèmes de l’université

Le 1er février 2015, a surgi dans les top-tweets de Twitter un hashtag mystérieux : #GorafiESR. Si ce hasthag n’est à première vue pas très évocateur, on comprend vite en parcourant les tweets qu’il s’agit de se moquer avec ironie, à la manière des faux articles du célèbre Gorafi, des problèmes de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR). D’où la formulation #GorafiESR.

A l’heure où j’écris cet article, soit moins de 24h après le lancement du hashtag, près de 7000 tweets et retweets ont mentionné #GorafiESR. En moins d’une heure, le hastag était déjà dans les Tendances Twitter, où il est resté jusqu’à la fin de la journée. Les twittos se sont emparés de ce hashtag pour dénoncer les petits tracas de leur quotidien d’étudiant, de doctorants ou encore d’enseignants-chercheurs et parler de leur vécu.

Au delà du côté humoristique et potache de ce hashtag, et des tweets qui pour certains sont très drôles et très évocateurs pour ceux qui ont été à l’université, on sent que le succès de ce hashtag est l’occasion pour beaucoup de mettre de le doigt sur des problèmes des concrets qui révèle un malaise plus profond du monde de l’université, de l’enseignement supérieur et de la recherche.

C’est @maitre_de_conf qui a lancé ce hashtag en début d’après-midi. Il a accepté de répondre à mes questions.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots, et nous présenter votre compte Twitter. Est-ce un compte strictement perso ou avait-t-il pour vocation dès le départ de parler de votre profession ?

@maitre_de_conf : “Je suis un (encore à peu près jeune) maître de conférences séquano-dionysien. Je travaille dans l’une des universités de Seine-Saint-Denis, depuis quelques années. Ce compte est personnel en ce sens qu’il n’engage personne (à part moi, et encore…). Dès le début, il a eu pour vocation de partager des tranches de vie de mon travail, sans demander l’investissement d’autres formes de communication (blog, par exemple). Au fond, cette après-midi mise à part peut-être, je tweete très peu. Un tweet par jour, et encore pas tous les jours, rarement plus de deux dans la même journée.”

Comment vous est venue l’idée de ce hashtag, êtes-vous surpris de son succès ?

@maitre_de_conf : “L’idée m’est venue très simplement, en voyant « Gorafi Madame » en top tweets ce matin. J’étais déjà très heureux de voir trois de mes followers le reprendre, et n’aurais pas un seul instant imaginé un tel succès… et surtout pas le voir en top tweets une bonne partie de l’après-midi.”

Est-ce qu’au delà du côté potache et ironique de ce hashtag son succès ne révèle pas un malaise plus profond dans le monde de l’université et de la recherche ? (Et de quelle nature serait ce malaise).

@maitre_de_conf : “ Si si, certainement. Quoique ce n’en était pas le but au départ, je réalise que mon propre compte Twitter a parfois un rôle de soupape : un tweet humoristique sur une anecdote plus ou moins agréable de la journée permet d’évacuer un problème avec bonne humeur. Donc ce hashtag a certainement joué ce rôle aussi dans une certaine mesure. Il suffit de voir le contenu de la plupart des tweets : un constat souvent déprimant, mais tourné avec humour. Quant au malaise à l’université, je ne pense pas être original en disant qu’il est important. Financements en baisse, tâches administratives en très forte hausse, manque de reconnaissance de l’État et de la société (et pourtant, imagineriez-vous une société sans enseignement supérieur et recherche ?), tout ceci fait certainement que la pression s’accumule.”

Y-a-t-il des points plus spécifiquement liés à votre situation que vous voudriez mettre en avant ?

@maitre_de_conf : J’ai été très motivé les premières années, jusqu’à me retrouver à des semaines à 70h de travail (non payées bien sûr, au cas où des lecteurs hors enseignement supérieur sont parmi vos lecteurs !). Donc j’ai dû mettre un frein à plein de choses, et c’est dommage car ce que l’on arrête en premier, c’est souvent la recherche au profit des tâches administratives, dont on peut difficilement se débarrasser. Cela dit, j’ai la chance d’être dans un environnement plutôt favorable en terme de pression de la hiérarchie : on ne fait pas d’heures supplémentaires (d’enseignement) si on ne le veut pas. Ce n’est pas le cas partout.

Quels sont les tweets utilisant votre hashtag que vous préférez ?

@maitre_de_conf : “Dans le désordre :

… et sûrement d’autres !”

Merci beaucoup à @maitre_de_conf d’avoir bien voulu répondre à mes questions !

N’hésitez pas à parcourir les tweets du hashtag #GorafiESR beaucoup sont très drôles et très évocateurs de petits ou grands problèmes de l’université française aujourd’hui. Cliquez ici pour voir ma sélection des meilleurs tweets.

Le succès de ce hashtag est remonté en haut lieu puisque le Secrétaire d’Etat en charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche en personne, Thierry Mendon a tweeté sur le sujet en essayant de contrebalancer le mouvement avec le “Pas #GorafiESR”. Son tweet a été retweeté par le compte officiel du gouvernement.

Plusieurs médias directement concernés se sont également fait écho du phénomène :

J’ai initialement écrit cet article sur Médium, où vous pouvez toujours le retrouver.

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